L’homme au masque
Dans le silence le plus total, il fit un pas vers elle. Un pas discret, sans bruit, presque félin, doté d’élégance et de souplesse. Ses deux yeux bleus étaient illuminés par la faible lumière qu’émanait la lampe torche d’Iris obnubilant cette dernière. Elle ne bougeait plus, tétanisée et coi de stupeur. C’était un étrange spectacle qui s’offrait à elle, indéfinissable. Sans doute n’avait-elle jamais rien vu de semblable.
Son visage était caché par un étrange masque noir, aux ornements or et argent, tandis qu’un fin bandeau de lin blanc rabattait ses cheveux en arrière, légèrement en bataille, impossible à coiffer. A ses oreilles étaient accrochés deux anneaux. Le premier traditionnellement au lobe, le second au niveau de l’helix. Les deux étaient reliés par une chaine d’argent. Et entre eux, se trouvait un troisième ornement, une plaque recourbée sur elle-même, d’un tiers la taille de l’oreille.
Jamais Iris n’avait vu de pareil accoutrement. Elle avait l’impression de revoir l’un de ces anciens princes, nés de conte de fée, irréel et mystérieux, comme ceux des livres d’enfants.
Peu à peu, elle reprit ses moyens. L’homme devant elle venait de soupirer, l’air fatigué d’attendre.
“Lorsque tu auras fini d’être surprise, peut être seras-tu capable de bouger pour t’enfuir ? Je te rappelle que tu es, comme moi, blessée, et que nous avons quelques dizaines de soldats à nos trousses. Ils ne sont pas si idiots que ça, et finiront pas trouver cette cachette. A moins bien évidemment que tu aies des tendances suicidaires, auquel cas je te laisse ici, toute seule, livrée à toi-même.
-Vous êtes toujours aussi délicat, VALH.”
Elle avait à peine répliqué qu’elle croisa le regard surpris du jeune homme. Ses yeux bleus grands ouverts, il semblait vexé par ses propos. Ou peut-être furieux contre lui-même.
“Comment m’as-tu reconnu ?
-Ce n’était pas très compliqué. Vous avez toujours à votre poignet le bracelet que vous m’avez dérobé. De plus, je reconnais votre sarcastique façon de parler, et votre pointe d’humour décalée. N’aviez-vous pas dis que nous n’avions pas le temps de discuter ?
-Mais qu’est-ce qui m’a foutu une capitaine idiote sur les bras ? Pourquoi tu remarques les choses seulement quand il faut pas ?”
Au bout de la rue déserte, des bruits de courses s’élevèrent soudain. Sans avoir eu le temps de lui renvoyer la balle, Iris se sentit tirer par la main. Le jeune inconnu, dont la seule chose qu’elle connaissait n’était que l’acronyme du tatouage qu’il portait dans le dos, l’entrainait sans ménagement dans les ruelles adjacentes.
La course pour la vie, en sa déplaisante compagnie, venait de démarrer…
["Les rêves et Espoirs Errants"]


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